Ne croyez pas que je sommeillais, je suis bel et bien là à faire le bilan, en constant dialogue avec moi.
Que dire de ces dernières semaines sur le tout "moi je" qui a pris une telle ampleur ces derniers mois ? Si je me force à réfléchir avec un positif cynisme je dirais bien que mon hypertrophie à tendance égocentrique remplit au moins, avec la neige, cet espace vide sans cesse en expansion qui semble comme rôder autour de moi comme un rapace. Sur le plan purement mental, je me décrirais comme en meilleure forme que sur la mi-novembre où je m'étais remis à fouler du terrain lourd, piégeux, peuplé de milles bactéries mentales.
Cet état instable, car je pense finalement être qu'une chimie complexe dont je ne connais que très mal les formules, je sais que je dois vivre avec apparemment. A y penser tout n'est fait pour moi que d'accélarations et ralentissements plutôt que de hauts et de bas. Quand j'ai un peu de vie sociale, tout est rapide, simple, clair, carré. Tout se tait en moi et au dehors je redeviens bavard. Dès que je perds cette vie sociale, tout ralentit, tout se complique, tout se confond, tout n'est qu'un cercle d'où je ne peux sortir. Je suis alors en constant bavardage interne et le dehors n'existe plus, je n'y déchiffre que du silence.
Ces derniers jours, je ne ferais que mentir si je disais que je me sens à nouveau anéanti, abattu, abruti par ma situation. Je "sors" d'une semaine où je n'ai jamais été seul comme on sort victorieux d'une quelconque thérapie comportementale. Cette escapade en région parisienne (toujours très bien reçu, toujours en bonne compagnie) m'a fait grand bien, plus de bien que celle que j'avais faite en urgence en troisième semaine de novembre et qui avait été à la fois exutoire et douloureuse (deux adjectifs souvent synonymes). Là, j'ai vu beaucoup de personnes différentes, certaines que je ne connaissais pas encore en chair et en os, et d'autres que je connaissais, pour certaines, depuis des années. Tout ce monde, à sa manière, fort des courts ou longs liens que j'ai tissés avec, à travers des conversations ou superficielles ou plus sérieuses m'ont insufflé un peu de cet oubli de moi et donc de mes angoisses. Je vis encore aujourd'hui sur ce matelas de vie supplémentaire que ce séjour loin de tout à glissé sous moi en étant conscient que, malgré tout, cela reste sans doute du domaine du temporaire. Je le sais, c'est comme ça. Je n'ai aucune envie d'entendre ou lire d'ailleurs que "mais non, tu vas voir, cet état de mieux va se prolonger...etc.". Ce sont le genre de phrases qui sont à la racine de l'incompréhension totale de ce que je vis, des mots sympathiques mais assez creux d'expérience.
C'est comme quand dans les moments critiques, avec douleur et honte, on lâche à ses amis dignes de confiance "p'tain, j'en peux plus d'être seul comme ça" et que l'on vous rétorque avec sincérité "mais non, t'es pas tout seul". Je comprends que l'on me dise ça mais j'ai du mal à l'accepter. On peut me faire 8000 démonstrations, je connais ma situation, les mots aussi sympathiques qu'ils soient, ne m'en éloigneront jamais. Désolé d'être aussi terre-à-terre mais j'estime ne plus être seul que quand je suis avec quelqu'un, tout bêtement. Le premier pas vers la compréhension de mes tourments c'est de ne pas nier mon état et donc de ne pas dire "t'es pas tout seul", car je le suis. Alors, je peux paraître d'une exigence rare avec ceux qui m'apportent la chaleur d'une phrase "empathique" mais je suis de ceux qui s'attachent plus à un geste, à un regard, qu'à un mot ou une pensée... je ne sais pas pour autant ce que tous doivent faire pour me soutenir, vraiment, si ce n'est juste se montrer patient avec moi, penser que je ne suis plus tout à fait moi-même pour le moment, que je dis parfois des choses insensées, extrêmes, à l'envers de tout principe de logique... etc. C'est d'ailleurs plus grâce à cela que j'arrive à faire le compte effectif des gens qui me soutiennent, ce ne sont finalement pas ceux qui m'auront dit mille gentillesses tel du leste qu'on lâche en montgolfière pour après se cacher derrière des esquisses de bonne conscience, mais plutôt ceux qui sur ces 5 mois ne m'ont pas encore lâché, tissent toujours du lien sans forcément me dire que je suis formidable ou que je l'ai été. Bref, ceux qui sont présents, ceux qui me donnent des repères, qui ne me voient pas comme un malade ou un petit enfant fragile qui ne sait plus réfléchir. Ceux qui acceptent encore que je sois parfois ingérable d'un mois à l'autre, que je sois parfois (trop) exigent, que je sois pas trop mal quand je les vois et plus sinistre à d'autres moments, ceux qui acceptent la douleur qu'ils ont à ne pas pouvoir trouver toujours les mots, ceux qui acceptent parfois qu'ils ne sont pas des surhommes.
Alors depuis 5 mois, tellement de choses ont changé sur ma perception du genre humain qu'aujourd'hui cela fait partie de ce qui me chamboule intérieurement. Soit les gens m'élèvent, soit ils m'enfoncent. J'ai tiré un trait sur quelques amitiés que j'avais construites "au temps jadis", j'en découvre d'autres. J'ai l'impression d'avoir comme "décalé" sur un autre axe les personnes qui me côtoient, d'avoir changé leur route dans ma vie. Ceux qui ont la phrase facile me sortiront "bah, c'est la vie ça, les rapports avec les gens évoluent"... certes, autant je peux accepter ce genre de phrase-tiroir dans des conditions normales d'existence, dans un continuum mental bien strict, bien confortable ; autant lorsque tout est chargé d'émotions, de travail sur soi, de remises en causes, ce genre de postulat me ferait retourner une claque magistrale à ceux qui débitent pareil lieu commun. Si l'on se fait des connaissances, si l'on construit des choses ce n'est pas pour qu'elles vous déstabilisent au premier souci. Au contraire, rien ne devrait évoluer en temps de crise, quand on perd le confort de l'habitude, l'appui mental de la constance dans ces moments-là, on perd beaucoup.
Les gens, les choses, les vies changent. J'espère donc que la mienne va complètement changer d'ici peu. La perspective d'aller vivre ailleurs, à l'étranger, faire autre chose, est un moteur en soi pour moi, vraiment je souhaite que le projet aboutisse (c'est pas sûr encore à 100%). Mais en moi, il y a malgré tout ce conflit interne entre garder les peu de repères qu'il me reste, cette minuscule sécurité, et cette aspiration à tout envoyer valser, faire un "reset" total. Je ne suis pas du genre "aventurier" de la vie, j'ai toujours été terriblement stable. Seul l'avenir assez proche me donnera des certitudes. Et encore.