Après 4 jours en région parisienne.
On m'a offert du bruit, des paroles au premier plan qui n'étaient enfin adressées qu'à moi, face à moi, yeux dans les yeux. On m'a offert aussi l'agréable bruit de fond des conversations peu lointaines : celles des pièces d'à côté, cet enchainement de sons totalement incompréhensibles tamisés par la petite distance qui separe un salon d'une cuisine ou du couloir à l'étage. On m'a permis de torturer le silence pendant des heures entières. Quand bien même le silence réapparaissait l'espace d'un moment, je savais que sous peu il allait se recasser la figure, c'était écrit, c'était obligé. Cette saloperie de silence était aussi brisé par l'apparition d'un visage, le gauche-droite furtif d'un regard amical, un quelque chose sur les lèvres que j'avais envie d'analyser toujours comme un sourire de bienveillance. Après tout, là, à ce moment précis, je me rendais bien compte qu'un silence pouvait être détruit autrement que par le bruit. C'était tellement agréable de sentir que le compliqué se transformait en simple dans un espace-temps magique. Le quotidien si extraordinaire des autres, cette chose que je ne savais plus apprivoiser, redevenait l'animal de compagnie que j'avais connu pendant des années, une chose douce qu'on aime à subir, cet angle à 180 degré sur lequel on se repose. Là où tout finalement semblait m'abrutir d'une tonne de rien, mais pas un rien "vide", plutôt un "rien" qui efface tout, lave tout, berce.
On m'a offert de l'écoute moi qui, franchement, n'avait rien à dire si ce n'est que pour dicter une litanie d'éternels rapports d'autopsie sur mon état ; ouais, cet état-là, qu'on peut feindre de porter fièrement en soi, une sorte de trophée à arborer en toute circonstance, une décoration de "hey, moi je suis pas bien, vous avez vu ? Vous avez vu hein ?". A côté de cette écoute fabuleuse, exutoire, siégeait malgré tout l'incompréhension. Du plus brun et charitable des regards, mon amie me lançait des éclats de je-ne-comprends-pas. Pourtant je m'entendais repéter à l'envi que seul la solitude envahissait l'espace des quatre murs de mon appartement, refrain à succès que ma pensée ne cessait de siffloter depuis des mois à travers mes gestes, mon vocabulaire d'urgence, ma voix. En face, à côté, explicitement on m'expliquait avec une patience pédagogique et aimante que "ce" n'était pas possible. Justement, c'est parce que depuis des mois je tutoyais l'impossible que tout mon corps - et ce qu'il me restait de jugement - était électrisé par une énergie noire qui me collait les pieds et la tête au sol plutôt que de me faire lever les yeux. Si je me pulvérisais aux quatre vents de mes angoisses c'est parce que ce qui n'était pas logique devenait le contour de ma vie. N'y avait-il alors rien de pire que de ne pas comprendre pourquoi je n'étais pas compris voire cru ?
Cependant, en même temps, je savais que tout geste de l'amie était destiné à m'envoyer des signaux de compassion, d'implication à vouloir me montrer que j'existais encore et qu'au final tout me serait pardonné. Je n'allais alors jamais être laissé seul ; plutôt que de travailler dans une chambre comme à l'accoutumée, l'amie travaillait, rédigeait ses lettres, passait ses coups de fil, tapotait sur son ordinateur portable en bas, jamais à plus de 3 mètres de moi, ses colocataires eux, restants à distance (pas par peur de moi, mais parce qu'ils ne brisaient pas leurs habitudes). Toujours ce sourire aux lèvres, le visage serein pour me montrer qu'ici, là, où j'étais je n'étais pas seul, je n'étais plus seul.
Puis une sortie un dimanche après-midi dans le froid, des virages en voiture, le match de foot de son sympathique colocataire. La lumière commençait alors à baisser, la température aussi, à mesure que mon angoisse, elle, montait. Je prenais conscience que c'était ça la vie : un dimanche après-midi dans un village perdu à aller voir un pote jouer au foot alors que l'on aime pas forcément le foot mais on est forcément potes. C'était ce genre de moment pas specialement mémorable qui tisse la matière dont nous sommes faits. J'en avais pleine conscience et l'outil de comparaison de mon esprit malsain se mettait en route, mu par les forces de la jalousie, de l'envie. J'étais si avide de ces petits riens qu'on me mettait sous le nez et que je ne connaissais plus, ces petits rien-là, ce match de foot où l'on allait voir un pote. Avide de petits riens alors que moi le grand rien me vidait. Alors que nous rentrions après le coup de sifflet final de ce supplice psychologique pour moi, dans la voiture, dans les virages de plus en plus froids d'un dimanche de moins en moins d'après-midi, l'amie me parlait. Pour combler le temps et l'espace et parce qu'elle sentait qu'une encre noire commençait à couler dans les veines de mes pensées. Elle partait alors dans une logorrhée, me comptant mille anecdotes pour tenter de me faire sourire et j'en avais pleinement conscience, je ne me raccrochais pourtant pas aux branches qu'elle faisait pousser. Les kilomètres étaient longs, je lui infligeais un silence insupportable. Mais je ne pouvais plus parler, je préférais scruter comme un extraterrestre ce qui se passait dans le rétroviseur droit de sa Peugeot, mon corps commençait à trembler et mes yeux à transpirer mon malêtre. Enfin arrivés à la maison, je m'installais dans un grand fauteuil blanc enveloppé par mon angoisse qui devenait crise. L'amie, à deux mètres de moi, corrigeait des copies en me parlant de temps en temps pour me signifier sa rassurante présence. Je sanglotais, elle faisait mine de ne pas s'en apercevoir. Cela durait de longues minutes. Je ne pouvais pas réagir, j'étais perdu en moi. Alors, une fois de plus l'amie s'est rapprochée de moi, à ma recherche, en me suppliant de parler, de m'ouvrir, de sortir les choses. Mais je n'avais rien de nouveau à dire en dehors de mon discours habituel, de mes peurs de tout perdre, d'avoir peut-être déjà tout perdu. Je savais que l'on ne pouvait rien repondre à cela. Dans ma folie du moment, mon cerveau claquait des doigts ma culpabilité à me montrer comme ceci, à imposer cela. Puis la crise est passée. Le soir en compagnie des colocataires, il y avait le "5è élément" à revoir pour la millième fois et des échanges savoureux à base de jeux de mots, parfois graveleux, à construire.
Dimanche soir je me disais qu'il fallait que je laisse des moments de repit à cette amie si parfaite et que je m'éclipse au moins une journée pour qu'elle ne croise pas mon halo anxiogène, pour qu'elle se repose du personnage, voire des personnages, que je lui avais servi(s)... certes malgré moi. Aussi pourrait-elle travailler sereinement sans se soucier de quoi que ce soit, sans se voir imposer des tonnes de questions induites par les sinusoïdes de mon comportement. Ainsi je contactais "par surprise" une autre amie pour la voir le lendemain dans la capitale. La chance allait faire que ladite amie ne travaillait pas ce lundi. Après un trajet en RER C et un bout de métro, j'allais alors passer une agréable journée à discuter de tout et de rien avec la blonde pote. Je l'avais vue récemment mais la bonne compagnie est le seul boomerang que l'on lance et que l'on accepte de se prendre plusieurs fois dans la tête. Ce lundi pluvieux et venteux, à arpenter les bords de Seine, à rafistoler des jeux de mots à mesure que les gouttes de pluie constellait nos lunettes, fonctionnait alors comme un coup de chiffon magistral sur ma lourdeur. Cette randonnée impromptue, interrompue par la chaleur d'un chocolat dans un bar du Boulevard St Michel, douchait mes angoisses ; je me forçais à exister et profiter de la présence de celle qui m'accompagnait.
Lundi soir arrivait sereinement quand nous décidions de manger ensemble à l'appartement de l'amie. Après avoir fait des courses et escaladé je ne sais combien de marches grinçantes d'un escalier tout parisien, nous nous retrouvions enfin assis, punis par une salutaire fatigue. La conversation allait être multiforme et intense, chaloupant entre des moments simples et d'autres émouvants. Je n'oublierai jamais ce moment particulier, fait d'écoute mutuelle sur des souffrances différentes que nous subissions en même temps. Chacun voulant se faire le sauveur de l'autre, peut-être pour tenter de se sauver soi-même et de vérifier qu'être utile pour l'autre est, une fois de plus et à jamais, la preuve la plus irréfutable de notre existence. S'installait petit à petit la solidarité de ceux qui livrent le même combat. Je me sentais terriblement humain ce lundi soir, dans ce qu'il y avait de plus agréable et d'aussi un peu gênant à l'être, dans la recherche de l'essentiel que l'on peut sonder en chaque chose, en chaque personne. Je me sentais compris, peut-être pas tellement dans ma situation, mais dans la souffrance qu'elle suscitait. Je me sentais triste aussi pour mon amie du lundi parce que je sais désormais ce qu'est la difficulté, la douleur, je ne l'imagine plus. Je voulais lui dire les mots qui rassurent, nous voulions nous donner mutuellement aussi une énergie, une force, un espoir qui nous manquait. Nous voulions nous dire des choses simples, que l'esprit clair bizarrement censure, à savoir que nous étions contents de nous connaître, que nos chemins se soient un jour croisés et qu'on allait s'en sortir. C'était juste touchant. La soirée avait été difficile peut-être, tellement libératrice aussi, au moins l'espace d'un instant.
Je devais alors rentrer chez l'amie brune, reprendre le RER C dans l'autre sens (non sans m'être trompé de ligne...). L'amie blonde allait me faire un petit présent inattendu que je n'allais ouvrir qu'une fois revenu dans les Yvelines. Vers 00h30, après 25 minutes de marche seul sous la pluie en pleine nuit, je découvrais alors un petit livre, petit roman graphique avec une dédicace adorable. Je me disais encore que si je devais retirer quelque chose de cette période si néfaste était la découverte de caractères solaires parmi les gens que je fréquentais. Des gens qui me voulaient du bien. C'est si rare. Alors d'un coup, je me sentais moins seul en pensée, ce qui est le plus grand des cadeaux qu'on puisse me faire.
Mardi matin, après une nuit où j'ai passé mon temps à tousser, je suis sorti me balader autour d'un plan d'eau pendant 2 heures alors que mes amis dormaient encore. Je savais que j'allais partir dans l'après-midi, retourner chez moi et me vautrer à nouveau dans ma solitude à moi et mon silence à moi, je n'ose pas appeler ça le quotidien, le quotidien c'est pour les autres semble-t-il. J'étais pris d'une vraie mélancolie plus que d'une angoisse malgré tout. Je prenais conscience que j'avais des ami(e)s qui me comprenaient et d'autres non mais que chacun(e)s essayaient de m'élever vers un autre état, avec leurs moyens, leur incroyable patience, avec la beauté de leur âme, leur présence physique et/ou morale. J'avais passé 4 jours pas forcément simples à gérer dans ma tête, mais ils étaient passés vite et en compagnie. D'ailleurs, rien que cette accélération temporelle en valait la chandelle.
Après 2h15 de trajet en voiture, je revenais chez moi. Le panneau "Monts" que j'apercevais rimait avec trouille.
A l'heure où j'écris ces nombreuses lignes, je me sens à la fois apaisé et triste, plein de gratitude pour tout ce que l'on m'a apporté comme signes d'amitié, plein de regrets d'être à nouveau dans mon île.
On m'a offert du bruit, des paroles au premier plan qui n'étaient enfin adressées qu'à moi, face à moi, yeux dans les yeux. On m'a offert aussi l'agréable bruit de fond des conversations peu lointaines : celles des pièces d'à côté, cet enchainement de sons totalement incompréhensibles tamisés par la petite distance qui separe un salon d'une cuisine ou du couloir à l'étage. On m'a permis de torturer le silence pendant des heures entières. Quand bien même le silence réapparaissait l'espace d'un moment, je savais que sous peu il allait se recasser la figure, c'était écrit, c'était obligé. Cette saloperie de silence était aussi brisé par l'apparition d'un visage, le gauche-droite furtif d'un regard amical, un quelque chose sur les lèvres que j'avais envie d'analyser toujours comme un sourire de bienveillance. Après tout, là, à ce moment précis, je me rendais bien compte qu'un silence pouvait être détruit autrement que par le bruit. C'était tellement agréable de sentir que le compliqué se transformait en simple dans un espace-temps magique. Le quotidien si extraordinaire des autres, cette chose que je ne savais plus apprivoiser, redevenait l'animal de compagnie que j'avais connu pendant des années, une chose douce qu'on aime à subir, cet angle à 180 degré sur lequel on se repose. Là où tout finalement semblait m'abrutir d'une tonne de rien, mais pas un rien "vide", plutôt un "rien" qui efface tout, lave tout, berce.
On m'a offert de l'écoute moi qui, franchement, n'avait rien à dire si ce n'est que pour dicter une litanie d'éternels rapports d'autopsie sur mon état ; ouais, cet état-là, qu'on peut feindre de porter fièrement en soi, une sorte de trophée à arborer en toute circonstance, une décoration de "hey, moi je suis pas bien, vous avez vu ? Vous avez vu hein ?". A côté de cette écoute fabuleuse, exutoire, siégeait malgré tout l'incompréhension. Du plus brun et charitable des regards, mon amie me lançait des éclats de je-ne-comprends-pas. Pourtant je m'entendais repéter à l'envi que seul la solitude envahissait l'espace des quatre murs de mon appartement, refrain à succès que ma pensée ne cessait de siffloter depuis des mois à travers mes gestes, mon vocabulaire d'urgence, ma voix. En face, à côté, explicitement on m'expliquait avec une patience pédagogique et aimante que "ce" n'était pas possible. Justement, c'est parce que depuis des mois je tutoyais l'impossible que tout mon corps - et ce qu'il me restait de jugement - était électrisé par une énergie noire qui me collait les pieds et la tête au sol plutôt que de me faire lever les yeux. Si je me pulvérisais aux quatre vents de mes angoisses c'est parce que ce qui n'était pas logique devenait le contour de ma vie. N'y avait-il alors rien de pire que de ne pas comprendre pourquoi je n'étais pas compris voire cru ?
Cependant, en même temps, je savais que tout geste de l'amie était destiné à m'envoyer des signaux de compassion, d'implication à vouloir me montrer que j'existais encore et qu'au final tout me serait pardonné. Je n'allais alors jamais être laissé seul ; plutôt que de travailler dans une chambre comme à l'accoutumée, l'amie travaillait, rédigeait ses lettres, passait ses coups de fil, tapotait sur son ordinateur portable en bas, jamais à plus de 3 mètres de moi, ses colocataires eux, restants à distance (pas par peur de moi, mais parce qu'ils ne brisaient pas leurs habitudes). Toujours ce sourire aux lèvres, le visage serein pour me montrer qu'ici, là, où j'étais je n'étais pas seul, je n'étais plus seul.
Puis une sortie un dimanche après-midi dans le froid, des virages en voiture, le match de foot de son sympathique colocataire. La lumière commençait alors à baisser, la température aussi, à mesure que mon angoisse, elle, montait. Je prenais conscience que c'était ça la vie : un dimanche après-midi dans un village perdu à aller voir un pote jouer au foot alors que l'on aime pas forcément le foot mais on est forcément potes. C'était ce genre de moment pas specialement mémorable qui tisse la matière dont nous sommes faits. J'en avais pleine conscience et l'outil de comparaison de mon esprit malsain se mettait en route, mu par les forces de la jalousie, de l'envie. J'étais si avide de ces petits riens qu'on me mettait sous le nez et que je ne connaissais plus, ces petits rien-là, ce match de foot où l'on allait voir un pote. Avide de petits riens alors que moi le grand rien me vidait. Alors que nous rentrions après le coup de sifflet final de ce supplice psychologique pour moi, dans la voiture, dans les virages de plus en plus froids d'un dimanche de moins en moins d'après-midi, l'amie me parlait. Pour combler le temps et l'espace et parce qu'elle sentait qu'une encre noire commençait à couler dans les veines de mes pensées. Elle partait alors dans une logorrhée, me comptant mille anecdotes pour tenter de me faire sourire et j'en avais pleinement conscience, je ne me raccrochais pourtant pas aux branches qu'elle faisait pousser. Les kilomètres étaient longs, je lui infligeais un silence insupportable. Mais je ne pouvais plus parler, je préférais scruter comme un extraterrestre ce qui se passait dans le rétroviseur droit de sa Peugeot, mon corps commençait à trembler et mes yeux à transpirer mon malêtre. Enfin arrivés à la maison, je m'installais dans un grand fauteuil blanc enveloppé par mon angoisse qui devenait crise. L'amie, à deux mètres de moi, corrigeait des copies en me parlant de temps en temps pour me signifier sa rassurante présence. Je sanglotais, elle faisait mine de ne pas s'en apercevoir. Cela durait de longues minutes. Je ne pouvais pas réagir, j'étais perdu en moi. Alors, une fois de plus l'amie s'est rapprochée de moi, à ma recherche, en me suppliant de parler, de m'ouvrir, de sortir les choses. Mais je n'avais rien de nouveau à dire en dehors de mon discours habituel, de mes peurs de tout perdre, d'avoir peut-être déjà tout perdu. Je savais que l'on ne pouvait rien repondre à cela. Dans ma folie du moment, mon cerveau claquait des doigts ma culpabilité à me montrer comme ceci, à imposer cela. Puis la crise est passée. Le soir en compagnie des colocataires, il y avait le "5è élément" à revoir pour la millième fois et des échanges savoureux à base de jeux de mots, parfois graveleux, à construire.
Dimanche soir je me disais qu'il fallait que je laisse des moments de repit à cette amie si parfaite et que je m'éclipse au moins une journée pour qu'elle ne croise pas mon halo anxiogène, pour qu'elle se repose du personnage, voire des personnages, que je lui avais servi(s)... certes malgré moi. Aussi pourrait-elle travailler sereinement sans se soucier de quoi que ce soit, sans se voir imposer des tonnes de questions induites par les sinusoïdes de mon comportement. Ainsi je contactais "par surprise" une autre amie pour la voir le lendemain dans la capitale. La chance allait faire que ladite amie ne travaillait pas ce lundi. Après un trajet en RER C et un bout de métro, j'allais alors passer une agréable journée à discuter de tout et de rien avec la blonde pote. Je l'avais vue récemment mais la bonne compagnie est le seul boomerang que l'on lance et que l'on accepte de se prendre plusieurs fois dans la tête. Ce lundi pluvieux et venteux, à arpenter les bords de Seine, à rafistoler des jeux de mots à mesure que les gouttes de pluie constellait nos lunettes, fonctionnait alors comme un coup de chiffon magistral sur ma lourdeur. Cette randonnée impromptue, interrompue par la chaleur d'un chocolat dans un bar du Boulevard St Michel, douchait mes angoisses ; je me forçais à exister et profiter de la présence de celle qui m'accompagnait.
Lundi soir arrivait sereinement quand nous décidions de manger ensemble à l'appartement de l'amie. Après avoir fait des courses et escaladé je ne sais combien de marches grinçantes d'un escalier tout parisien, nous nous retrouvions enfin assis, punis par une salutaire fatigue. La conversation allait être multiforme et intense, chaloupant entre des moments simples et d'autres émouvants. Je n'oublierai jamais ce moment particulier, fait d'écoute mutuelle sur des souffrances différentes que nous subissions en même temps. Chacun voulant se faire le sauveur de l'autre, peut-être pour tenter de se sauver soi-même et de vérifier qu'être utile pour l'autre est, une fois de plus et à jamais, la preuve la plus irréfutable de notre existence. S'installait petit à petit la solidarité de ceux qui livrent le même combat. Je me sentais terriblement humain ce lundi soir, dans ce qu'il y avait de plus agréable et d'aussi un peu gênant à l'être, dans la recherche de l'essentiel que l'on peut sonder en chaque chose, en chaque personne. Je me sentais compris, peut-être pas tellement dans ma situation, mais dans la souffrance qu'elle suscitait. Je me sentais triste aussi pour mon amie du lundi parce que je sais désormais ce qu'est la difficulté, la douleur, je ne l'imagine plus. Je voulais lui dire les mots qui rassurent, nous voulions nous donner mutuellement aussi une énergie, une force, un espoir qui nous manquait. Nous voulions nous dire des choses simples, que l'esprit clair bizarrement censure, à savoir que nous étions contents de nous connaître, que nos chemins se soient un jour croisés et qu'on allait s'en sortir. C'était juste touchant. La soirée avait été difficile peut-être, tellement libératrice aussi, au moins l'espace d'un instant.
Je devais alors rentrer chez l'amie brune, reprendre le RER C dans l'autre sens (non sans m'être trompé de ligne...). L'amie blonde allait me faire un petit présent inattendu que je n'allais ouvrir qu'une fois revenu dans les Yvelines. Vers 00h30, après 25 minutes de marche seul sous la pluie en pleine nuit, je découvrais alors un petit livre, petit roman graphique avec une dédicace adorable. Je me disais encore que si je devais retirer quelque chose de cette période si néfaste était la découverte de caractères solaires parmi les gens que je fréquentais. Des gens qui me voulaient du bien. C'est si rare. Alors d'un coup, je me sentais moins seul en pensée, ce qui est le plus grand des cadeaux qu'on puisse me faire.
Mardi matin, après une nuit où j'ai passé mon temps à tousser, je suis sorti me balader autour d'un plan d'eau pendant 2 heures alors que mes amis dormaient encore. Je savais que j'allais partir dans l'après-midi, retourner chez moi et me vautrer à nouveau dans ma solitude à moi et mon silence à moi, je n'ose pas appeler ça le quotidien, le quotidien c'est pour les autres semble-t-il. J'étais pris d'une vraie mélancolie plus que d'une angoisse malgré tout. Je prenais conscience que j'avais des ami(e)s qui me comprenaient et d'autres non mais que chacun(e)s essayaient de m'élever vers un autre état, avec leurs moyens, leur incroyable patience, avec la beauté de leur âme, leur présence physique et/ou morale. J'avais passé 4 jours pas forcément simples à gérer dans ma tête, mais ils étaient passés vite et en compagnie. D'ailleurs, rien que cette accélération temporelle en valait la chandelle.
Après 2h15 de trajet en voiture, je revenais chez moi. Le panneau "Monts" que j'apercevais rimait avec trouille.
A l'heure où j'écris ces nombreuses lignes, je me sens à la fois apaisé et triste, plein de gratitude pour tout ce que l'on m'a apporté comme signes d'amitié, plein de regrets d'être à nouveau dans mon île.









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